Textes

Samedi 18 février 2006

    Si j'étais devenu quelqu'un, si ma présence obtenait soudainement un sens je vous le ferais savoir. Vous seriez les premiers, et je m'en vanterais. Je le clamerais, haut fort et signé. Je l'écrirais partout, sur les murs et dans le ciel. Mais je reste ce que je suis, et seule mon âme le sait. Je reste ce que j'ai été. Les jours passent et rien ne change. L'univers se déroule sans doute comme il le doit, mais il reste dur d'y croire. J'avance à pas feutrés, non pas masqué, mais lassé : lassé d'avant autant que de ce qui m'attend. J'aimerai pourvoir en toute sérénité, chercher, six pieds sous terre dans mon cimetière, j'aimerai y perdre mon éternité : chercher l'or du temps, loin des gens, loin du sang. Ne plus savoir parler, ne plus pouvoir aimer. Ne plus savoir écrire, ne plus pouvoir souffrir. J'aimerais gâcher le cœur des hommes, le leur ôter le déchiqueter. J'aimerai enfin tuer l'amour des femmes, souiller leur âme. J'aimerai sortir de ce cauchemar, errer sous terre et ne plus m'enivrer des longs discours, d'inutiles recours à votre secours. Connaître enfin la solitude, celle que l'on ne peut plus rompre, celle-là, la seule, qui jamais ne vous laisse tomber. J'aimerai vous oublier, mais tant que je vivrais, je ne pourrais y arriver...

par Arakiri publié dans : Premiers recueils

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M.D. Arakiri
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