" Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli d'un continent "
Apollinaire
le 25 mars 2009
Parce que tes pulsions se tournent vers la mort, tu cherches quelques fois les preuves d'un pouvoir de finir. C'est là que tu décides. Et quelque chose
finit.
Fais le bilan de ce que tu as gagné dans ce changement. Es-tu indemne ? Entre ce que tu voulais et ce qui est advenu, quelle ampleur atteint l'écart ? Qu'as-tu
perdu en vue de ce que tu attendais ?
Ces questions ne viendront pas d'elles-mêmes te harceler. L'esprit, insidieux, les écarte mécaniquement pour ne pas trop t'endommager.
Demande-toi si tu t'es appauvri, si, sincèrement, tu as souffert de laisser derrière un quelque chose qui te manque. Interroge ton profond : suis-je moins que
l'ancien moi ?
Si tu n'as rien perdu, eh ! Tu n'as rien prouvé.
Cesse de chercher toujours ce qui aurait pu t'enrichir. Apprends à fuir vraiment.
Oublie-le dilapidé, le galvaudé, le gaspillé. Oublie la liste fausse et bien trop complaisante des choses dont tu as nostalgie. Qu'as-tu perdu ? Compte sans
magnanimité.
Tu n'as même pas besoin de regarder tes doigts.
Oseras-tu enfin égarer un peuple ? Ne pas seulement l'oublier, l'oubli n'a rien de victorieux. Le perdre vraiment. Oseras-tu dévoyer des trains sur des milliers de
kilomètres, à travers les pays de peuples abandonnés ? Oseras-tu ? Et pourquoi pas ? Un continent, ça, c'est une perte. On ne peut pas perdre ce qu'on ignore, ce qu'on oublie ni ce qu'on délaisse
: on perd ce sur quoi l'on cesse de rayonner.
Il faudrait que quelqu'un, aujourd'hui, tente.