Tous les deux plus deux, n’égalent pas l’inconnue.
Les savantes remarques sont des prières moroses
Que dans la religion l’homme avait méconnu,
Faut-il qu’aujourd’hui la science nous les impose ?
Hui est-il défendu de ne croire qu’en la prose,
De rêver seulement d’équations littérales,
Ne pas numéroter les atomes et les astres,
Et contempler seulement la matière banale ?
Contourner les calculs, évitant le désastre :
Se pencher vers la plus simple forme du beau,
Regarder une femme, une étoile, un oiseau !
En faire des chansons, des recueils ou des livres
Sans que soit nécessaire cette ignoble façon
Qu’ont les hommes de toujours rechercher la raison
Et qu’il faille que nous, tortionnaires inhumains
Devions les disséquer pour nous sentir moins cons.
Quelle que soit notre science ou notre vérité
Sots, nous l’avons été et nous le resterons
Si tant est que toujours nous serons obstinés
Et que face aux questions nous nous entêterons
À creuser sous la vie pour trouver les « trésors »
Des milliers de soldats que l’on sait alignés ;
Savoir à quel moment peut-on fusionner l’or
Avec l’ignorance et pour nous rendre aveugles !
Cette intelligence que l’on veut nous donner
Ne rime qu’avec les chiffres, droits et ordonnés.
Est-ce que nos premiers mots eux-mêmes ne furent pas
« Deux plus deux égal… trois ?… Désolé, je ne sais pas ! » ?
Et lorsque tous nos jours se seront écoulés
Qu’on aurait pu chacun d’une croix les marquer
Que nous restera-t-il des racines carrées ?
Notre âme j’en suis sûr, elle ne sait pas compter !
Quelle est la formule qui ne soit pas magique
Que l’on emportera avec nous dans la tombe
Serait-ce un compte-rendu de vos mathématiques ?
Y-a-t-il une trace de vos sciences dans l’ombre ?
Alors que les mots même vont y perdre leur sens !
Un auteur vous dira où son cœur peut l’emmener
Ses écrits resteront pour que vive mieux l’enfant
— Les futures naissances seront mieux éclairées —
Le mathématicien, mort, ne nous laisse rien !
Qu’un bien triste héritage qui sera contredit :
« E=mc3 », dira l’autre abruti
S’écriant « eurêka, j’ai trouvé, je l’ai fait !»
Il pourra disserter, et voulant nous prouver
Qu’il est moins sot que ne le fut notre premier
Il nous démontrera les vertus de ses lois
Que nul ne peut encore, nier cela va de soit !
Les savants justement savent peut-être qu’ils ignorent
Du moins qu’ils ont terré au fond d’eux cette époque
Bienheureuse de l’enfance où l’on ne connaît pas
Encore ses tables, mais, l’on sait déjà parler
À quoi sert vivant de pouvoir poser pied
À mille et mille milliards de kilomètres faits
Dans le sens contraire où l’on devrait aller
Perdus dans cet espace qui nous fait tant rêver
Mettre la vie en chiffres est une peine perdue
La beauté dans les noms que l’on donne aux choses
Suffirait amplement à comprendre et aimer
Les mondes qui nous composent, sans devoir les compter
Qu’elle se trouve ou non séparée de nos corps
Il n’y a pas de fonction pour dire où va quelle âme
Plus que de microscope pour comprendre les femmes
Ou de formule chimique pour rencontrer l’amour


